Renan Utilisateur Fidèle


Inscrit le : 08 Fév 2005 Messages : 80 Ville : Ile de France Département/Province/Pays : 36 ans homme
| Sujet: Les enfants de Sekredia - 13 Jeu 15 Sep 2005 - 13:07 | |
| Chapitre 4 - Goëriad (suite)
[Rappel des dernières phrases de l'épisode précédent : Les poils de la barbe récente qui lui mangeait les joues ainsi que ses cheveux drus étaient d’une couleur incertaine mêlant le fauve et le gris. Avec son regard clair, ils donnaient à l’homme un faciès qui aurait pu rappeler celui, à la fois doux et sauvage, du loup.]
Aussi brève fut-elle, la singulière prise de contact entre les deux personnes jeta un moment de gêne. Le visiteur y mit fin en s’inclinant, puis il pris soin de faire un pas en arrière pour ne plus être importuné par la lumière aveuglante. Enfin il rompit le silence, s’adressant en latin à son hôtesse : - « Je suis Goëriad de Llangovan. J’ai quitté ma terre de Bretagne il y a plus de dix ans, pour m’engager dans les troupes de l’empereur de Rome et combattre les barbares. J’ai choisi désormais de me retirer de la vie militaire pour me consacrer à la méditation chrétienne et à l’évangélisation, que mes pairs bretons ont déjà entamé en votre Armorique. Je me permets donc de demander asile au maître de ces collines, qui inspirent la sérénité et que Dieu a placé sur ma route errante. » - « Sois le bienvenu sur le domaine de Beuvres, étranger. » répondit la princesse, avec sa chaleur coutumière. « Je suis Maria de Beuvres et Calvence, mon époux et seigneur de ces lieux, est parti à l’aube pour la chasse et n’est pas encore revenu. Je gage qu’il se joindra à moi pour entendre positivement ta requête, car l’hospitalité n’est pas un vain mot au sein de notre clan. » - « Soyez-en d’ores et déjà remerciés. » dit Goëriad en s’inclinant de nouveau. - « Comment un guerrier en arrive-t-il à mettre ainsi un terme à dix ans de service pour se consacrer à la compréhension et la propagation du Verbe ? » demanda Maria, après avoir congédié le garde. Cette question directe, posée par une étrangère, désarçonna quelque peu le voyageur. Il n’était guère enclin aux confidences, qui plus est auprès d’une personne du sexe opposé. Pourtant, ce regard brillant de candide curiosité posé sur lui avait quelque chose d’envoûtant, qui semblait l’encourager à se livrer à l’inconnue, ce qu’il n’avait fait à personne jusque là. - « La guerre… » hésita-t-il, « la guerre avait jadis un sens pour moi. C’était le nécessaire prix à payer pour défendre notre civilisation, si prospère, face aux hordes barbares. J’étais révulsé et assoiffé de vengeance quand je découvrais le spectacle de ces villes ravagées et de ces gens massacrés. J’ai occis un grand nombre de ces barbares avec la satisfaction du devoir accompli et même souvent, je l’avoue, avec la griserie du défricheur qui fauche les mauvaises herbes en vue de cultures prometteuses. Jusqu’à ce jour d’automne. Cela faisait environ une année que je servais l’Empire, quand ma centurie a repoussé un fort contingent de ces guerriers venus de l’Est. Ils semblaient affaiblis et il a été décidé de les poursuivre pour les anéantir. Après une journée de traque, nous avons atteint le pied de moyennes montagnes. Les fuyards s’étaient engagés dans un col, par où il était évident qu’ils étaient arrivés quelques semaines plus tôt. Quand nous arrivâmes à notre tour au sommet du col, ce à quoi nous commencions à nous attendre se confirma : un vaste campement s’étendait sous nos yeux, déserté depuis quelques heures par ses occupants. Nous avions donc atteint le camp où les familles des barbares s’étaient établies dans l’attente que leurs hommes conquièrent plus de territoires à l’Ouest. Désespérés, les guerriers adverses ne tentèrent même pas de défendre les leurs et nous abandonnèrent leurs femmes, enfants et vieillards pour mieux s’enfuir vers le Levant. Ce fut alors terriblement aisé. Nous rattrapions un à un des petits groupes de ces gens, d’abord les plus vieux, les femmes enceintes ou portant des nouveaux nés, puis les autres femmes et les enfants capables de marcher. Nous les massacrâmes tous. Donner simplement la mort n’était pas suffisant pour abreuver notre haine. Il fallait les supplicier : viols, tortures, mutilations, tout ce que nos peuples avaient subi leur fut affligé à leur tour. J’ai participé à cela. Avec la même jouissance que les autres. Après une pleine après-midi de carnage, le soir tombant, nous nous sommes couchés, exténués et repus de violence, nos tenues maculées du sang séché de nos victimes. Ce fut alors que le sommeil, qui s’était abattu en quelques instants sur tous mes camarades, s’est refusé à moi. Je fus d’abord saisi à la gorge par l’insondable paradoxe de la guerre quand elle s’en prend aux peuplades désarmées. Ce petit garçon à qui l’on avait tranché la tête après que l’on eut éventré sa mère sous ses yeux, qu’avait-il de différent d’un enfant de l’Empire, massacré lui aussi, si ce n’est que les bras leur donnant la mort appartenaient à deux camps adverses ? Quels crimes ces vieillards, femmes et enfants avaient-ils commis, autre que d’être la frange sans défense des peuples qui s’affrontent ? Puis la honte de ma propre implication dans cette boucherie m’a pris les entrailles. Qui étais-je donc, pour penser que ma cruauté était plus juste que celle de mes adversaires ? Au jour où je serai au bout de mon chemin, seul devant Dieu, comment justifierai-je l’horreur de mes actes ? Sûrement pas en me réclamant du Christ, qui a aimé les hommes jusqu’à en mourir. »
Les enfants de Sekredia est un récit publié par épisodes sur le Forum Les Amoureux de la Bretagne. © Renan Levaillant _________________ Renan...
... qui élucubre sur La Plume (www.lesitelaplume.com) ... qui instruit dans "Pouyo et les oiseaux" (www.pouyo.com) |
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papybrico V.I.P


   Age : 62 Inscrit le : 27 Oct 2004 Messages : 1585 Ville : L'ARMOR- PLEUBIAN Département/Province/Pays : Breezzzh
| Sujet: Re: Les enfants de Sekredia - 13 Jeu 15 Sep 2005 - 20:58 | |
| oulalla ! c'est rien saignant, mais bon c'est bien en rapport avec la réalité des cruautés de la guerre.
merci et continu on attend avec impatience la suite  |
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-JP- Rang: Administrateur


   Age : 49 Inscrit le : 14 Oct 2004 Messages : 9774 Ville : Andenne/Bénodet Département/Province/Pays : (Belgique)/Finistère (BZH)
| Sujet: Re: Les enfants de Sekredia - 13 Jeu 15 Sep 2005 - 22:39 | |
| Merci pour cette suite Renan, je sais que tu n'as pas toujours le temps mais c'est un réel plaisir de te lire  _________________ - JP -
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Ann et Peter V.I.P


   Age : 34 Inscrit le : 18 Oct 2004 Messages : 4428 Ville : Meulebeke Département/Province/Pays : la Flandre-Occidentale Belgique
| Sujet: Re: Les enfants de Sekredia - 13 Ven 16 Sep 2005 - 9:11 | |
| Merci Renan. _________________ Voir des photos sur http://dinard.philiweb.com/ , photos de PeterG |
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Renan Utilisateur Fidèle


Inscrit le : 08 Fév 2005 Messages : 80 Ville : Ile de France Département/Province/Pays : 36 ans homme
| Sujet: Re: Les enfants de Sekredia - 13 Sam 17 Sep 2005 - 8:52 | |
| Avé lecteurs !
Oui, Papybrico, certains passages sont un peu durs (je me suis surpris à les écrire !). L'idée de fond derrière cela est que l'Homme est capable des pires atrocités quelle que soit son ethnie, sa culture ou ce qu'il est dans le "civil". Bien des évènements au cours des siècles, y compris aujourd'hui, nous le rappellent. Goëriad est un homme qui s'en rend compte, à une époque ou - peut-être ! - ce genre de prise de conscience était moins fréquent. C'est ce qui fait l'un des intérêts de ce personnage. Il sera central au récit. Calvence, premier personnage apparu, est, vous l'avez sans doute compris, un personnage plus marginal dans le récit.
N'hésitez toujours pas à faire des critiques ou poser des questions si quelque chose vous chiffone, tant dans le style que dans le "scénario" lui-même. _________________ Renan...
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